vendredi 12 décembre 2014

Observation clinique en prothèse complète


L'observation clinique est destinée, non seulement à l'examen des éléments anatomiques et physiologiques ayant une incidence sur le plan de traitement prothétique, mais également à créer, à maintenir, et à améliorer, une relation praticien-patient favorable à l'intégration organique et psychique du corps étranger constitué par la future prothèse. Elle doit être divisée en cinq grandes parties correspondant aux séquences essentielles de la réalisation de la restauration prothétique, esthétique fonctionnelle et phonétique d'une édentation totale.

* Eléments généraux et locaux à retenir sélectivement pour une orientation du plan de traitement pré-prothétique et prothétique et pour la création d'un premier contact favorable à l'établissement d'une relation agréable le praticien et son patient.

* Eléments anatomiques et physiologiques utilisés pour déterminer le choix des techniques d'empreintes préliminaires et secondaires.

* Eléments anatomiques et physiologiques et radiologiques ayant une incidence sur la détermination de la position et des mouvements mandibulaires.

* Eléments anatomiques et physiologiques et cinématiques destinés à décider du choix d'une morphologie et d'une technique de montage des dents postérieures et de leur équilibration post-prothétique.


Eléments généraux et locaux à retenir sélectivement pour une orientation du plan de traitement pré-prothétique et prothétique et pour la création d'un premier contact favorable à l'établissement d'une relation agréable le praticien et son patient.

L'examen comporte trois aspects, trois étapes :

- La présentation, le premier contact;
- L'interrogatoire, l'anamnèse;
- Les conclusions générales.

La présentation, le premier contact

Le premier contact est déterminant pour le succès final et pour la qualité de la relation praticien-patient.

Au cours de cette séance, avec beaucoup de bienveillance, de sympathie, de discrétion, l'opérateur doit s'effacer afin de laisser l'édenté exprimer aussi longuement qu'il le désire, ses aspirations, ses motivations, ses doléances éventuelles; alors que le patient expose ses déboires et sa démarche, le praticien note mentalement les éléments de diagnostic suivant : 

* Le sexe : 

L'aspect masculin ou féminin de la personnalité doit être recherché dans son expression physique structurale, comportementale, affective ou mentale.

* L'âge :

Il doit être la résultante de l'appréciation des trois vecteurs complémentaires ci-après :

- L'âge réel (état civil);
- L'âge des structures anatomiques et physiologiques;
- L'âge mental.

* Profession :

Les exigences de l'édenté varient avec son milieu, sa fonction sociale, ses aptitudes générales, son niveau intellectuel.

* Attitude, comportement (type constitutionnel, tempérament):

L'aspect objectif du type constitutionnel du patient devra être cerné en s'aidant  des typologies classiques : Sigaud, , Vannier, Kretschmer et Corman.

L'aspect subjectif du profil psychologique et psycho-psychanalytique sera recherché puis affiné en s'appuyant sur les typologies de House, de Lesenne, de Jung et sur la cosmopsychologie la plus classique.

Interrogatoire, Anamnèse 

Il ne doit pas prendre la forme d'un questionnaire froid et maladroit. Le patient doit nous révéler à son insu, les facteurs généraux et locaux ayant une incidence sur le plan de traitement.

* Facteurs généraux :

- Facteurs Héréditaires :

Le terrain, le type constitutionnel dépendent souvent des facteurs héréditaires; ceux-ci seront évalués avec prudence.

- Etats pathologiques congénitaux

- Etats pathologiques acquis tel que :

<  Le diabète, avec polyurie, polyphagie, polydypsie, et sécheresse buccale.
<  La maladie de paget ou ostéite déformante évolutive.
<  La maladie de Hand-Schüller-Christian, avec altération de la structure de l'os.
<  Le syndrome de Plummer-Vinson caractérisé par une atrophie de la muqueuse buccale et des altérations commissurales?
<  La maladie de Parkinson, dont les signes cliniques interdisent un traitement aisé et un pronostic favorable.
<  L'irradiation aux rayon X et l'ostéoradionécrose.
<  La tuberculose
<  Les troubles endocriniens pouvant concerner :

     - L'hypophyse, agissant sur les tissus épithéliaux et conjonctifs;
     - La thyroïde et la parathyroïde dont l'action sur le métabolisme du calcium est importante dans le comportement de l'infrastructure osseuse des surfaces d'appui prothétiques.

<  Les avitaminoses: A, B, C ou D.
<  La sénescence et la sénilité.
<  Les altérations d'origine psychosomatique:

     - Altérations générales telles que hypertension ou hypotension, troubles du système respiratoire, perturbations gastro-intestinales, perturbations de l'équilibre nerveux;
     - Altérations loco-régionales ou locales telles que les douleurs des articulations mandibulo-temporales, hypersalivation ou asialie, bruxisme, ulcération des muqueuses.
     - Troubles de la ménopause ou de l'andropause.
     - Etats psychiques normaux ou pathologiques : attitudes mentales, névroses, psychoses.

* Facteurs locaux:

<  Antécédents familiaux, attitudes des parents et grands-parents ou proches à l'égard des prothèses complètes.
<  Histoire de la denture du patient :

     - Dentures naturelles, avulsions, restaurations prothétiques fixées, amovibles partielles;
     - Prothèses complètes précédentes.

<  Motivations :

      - Conscientes : esthétiques fonctionnelles et phonétiques;
      - Inconscientes.

Conclusions générales 

Au terme de ce premier contact, le profil morphopsycgo-psychanalitique de l'édenté doit être clairement ébauché.

Il sera affiné et complété au cours de toutes les autres séances de la construction de la restauration prothétique.

Il doit nous permettre d'emblée de savoir si la personnalité du patient, son attitude mentale, et ses motivations sont telles que l'intégration psychique de la prothèse sera aisée, impossible, tumultueuse ou difficile à préciser.

La mise en condition psychique, à un degré plus ou moins important, s'imposera toujours, afin d'améliorer la relation praticien-patient. L'état général nous incitera très souvent à rechercher la collaboration d'un médecin généraliste ou spécialiste.

Eléments anatomiques et physiologiques utilisés pour déterminer le choix d'une technique d'empreinte

Le choix d'une technique d'empreinte dépend de l'examen d'éléments généraux et locaux.

Eléments généraux 

- Degré d'ouverture de la bouche (perlèche).
- Salive : abondance et viscosité.
- Réflexe nauséeux éventuel.
- Coloration générale et aspects de la muqueuse buccale.
- Allergies.
- Etats pathologiques tels que leucoplasie, lichen, hyperkératose.
- Existence de dents à extraire.
- Examen radiographique systématique.

Eléments locaux 

* Examen clinique du maxillaire supérieur:

a) Tissu osseux : 

l'analyse s'effectuera toujours dans les trois plans de l'espace, horizontal, sagittal, frontal. Elle abordera successivement :

- Le procès alvéolaire ou crêtes: leur volume, leur hauteur, leur degré de résorption ainsi que la qualité de la corticale seront appréciés;
- La voûte palatine :  sa largeur, sa profondeur, l'étendue des surfaces planes favorable à la sustentation seront étudiées;
- Les tubérosités: leur proportion, leur relief, leur distance relative au plan d'occlusion seront soulignés;
- Les procès zygomatiques;
- Les sillons ptérygomaxillaires;
- L'épine nasale antérieure;
- La suture intermaxillaire avec l'existence éventuelle de torus palatin.

b) Les tissus de revêtements: 

- Surface d'appui primaire et voûte palatine : 

De la superficie à la profondeur, il convient d'étudier :

< La fibromuqueuse  dont l'épaisseur, le degré d'adhérence, l'élasticité conditionnent la tolérance prothétique;
< Les tissus sous-muqueux, glandulaires ou graisseux.

- Versants vestibulaires et lignes de réflexion :

Le versant vestibulaire des crêtes est recouvert d'une muqueuse plus ou moins apte à supporter les pressions et les frictions; son épaisseur, son adhérence doivent être appréciées. Les tissus sous-muqueux ont une importance capitale au niveau des lignes de réflexion de la muqueuse.

c) Les organes périphériques : 

En raison de leur participation à l'instabilité ou à la stabilisation de la future prothèse, seront analysés successivement :

- Le frein médian de la lèvre supérieure et les orbiculaires;
- Les freins latéraux ou insertion des muscles de la mimique;
- Le buccinateur et ses insertions;
- L'espace paratubérositaire;
- Les ligaments ptérygomaxillaires;
- Le voile du palais, son orientation, sa limite ou zone de flexion;
- Les fossettes palatines.

* Examen clinique de la mandibule

a) Le tissu osseux :

L'analyse sera conduite de la même façon pour le maxillaire supérieur. Il convient d'examiner systématiquement :

- La corticale osseuse, son épaisseur (radiographie), don relier;
- La crête ou rebord alvéolaire: son degré de résorption sera évalué  selon les critères décrites par Atwood.

L'aspect négatif ou positif quant à la rétention doit être souligné.Parmi les éléments anatomiques à apprécier, il convient de citer : les lignes obliques externes, le trou mentonnier, les apophyses géni, les tori mandibulaires, les lignes obliques internes.

De leur appréciation, dépend la décision préprothétique ou prothétique, de zones de décharge, de mise en condition, ou de chirurgie.

b) Les tissus de revêtement :

Plus qu'au maxillaire supérieur, leur aspect anatomique, physiologique a une importance considérable. Il conviendra donc d'apprécier tant au niveau de la fibro-muqueuse qu'au niveau de la muqueuse, le degré d'élasticité, l'adhérence et l'épaisseur du tissu de revêtement de la surface d'appui.

c) Les organes paraprothétiques :

Ils jouent un rôle majeur dans la stabilisation de la future prothèse. Il conviendra d'examiner successivement:

- La région vestibulaire antérieure avec les orbiculaires, les muscles du menton, et tous les muscles de la mimique concentrant leur activité au niveau du modiolus.

- La région vestibulaire latérale et postérieure; occupées dans sa presque totalité par les fibres horizontales du buccinateur et limitée par les fibres antérieures du masséter.

- La région sublinguale assurant la rétention de la future prothèse dont les éléments négatifs à apprécier sont les insertions du génioglosse et le relief des apophyses géni.

- La région sous-mylohyoïdienne mobilisée par le muscle mylohyoïdien et par le jeu de la langue.

- La niche rétromolaire occupée par l'arc palatoglosse.

- La langue : son volume, sa position jouent un rôle non négligeable dans la stabilisation ou dans la mobilité des prothèses complètes.

Conclusions 

Le conclusions sont préprothétiques et prothétiques :

* Conclusions préprothétiques : 

Elles sont de deux ordres :

-  D'ordre général : Traitement des lésions psychosomatiques, amélioration de l'état général.
-  D'ordre local :  L'option doit être prise à ce stade soit d'une mise en condition des tissus de support de la future prothèse, soit d'une chirurgie préprothétique toujours économe.

* Conclusions prothétiques :

L'examen clinique de chaque maxillaire permet le choix d'une technique d'empreinte préliminaire et d'une technique d'empreinte secondaire bien définie. Rappelons que ces deux empreintes sont indissociables et complémentaires.

 Eléments ayant une incidence sur la détermination de la position de la  mandibule.

L'examen et l'évaluation de ces différents éléments comportent cinq séquences d'analyse permettant d'aboutir à des conclusions préprothétiques et prothétiques :

- L'anamnèse,
- L'examen exobuccal,
- L'analyse radiologique,
- La localisation et le transfert de l'axe charnière,
- La détermination et le transfert de la relation maxillo-mandibulaire centrée d'analyse.

Anamnèse

L'état général physique et psychique doit le premier retenir notre attention.

Un questionnaire dactylographié détaillé peut être confié à l'édenté, afin que celui-ci note tranquillement tout son passé médical, tous les symptômes généraux actuels, la date de sa dernière visite chez son médecin ou spécialiste, ses doléances prothétiques, ses motivations...

Au stade terminal de l'édentation totale, un passif de troubles neuromusculaires et neuro-articulaires  doit toujours être suspecté.

Tous les signes plus ou moins subjectifs d'une altération du complexe stomatognathique, tel que, algies loco-régionales, migraines, douleurs oculaires, craquement, subluxation au cours de chaque bâillement, doivent être découverts et analysés.

Très souvent, un contact direct, pendant la narration des antécédents pathologiques généraux et loco-régionaux, est de loin préférable afin qu'une relation patient-praticien bénéfique se noue d'une façon insensible. Cette relation permettra de percevoir intuitivement tout ce que le consultant n'aurait pas voulu ou su exprimer par écrit.

L'état psychique pourra ainsi être apprécié d'une façon plus précise. Toute anxiété anormale, toute dépression apparente, toute tension excessive, pendant l'exposé devra incité à rechercher si un traitement médicamenteux spécifique ou psychanalytique est en cours ou a déjà été pratiqué.

Examen exobuccal

Il intervient d'une façon systématique dès que l'édenté a terminé l'exposé de ses antécédents généraux et locaux.

Il a pour objet d'étudier successivement : 

- La mobilité mandibulaire
- Le comportement de L'articulation mandibulo-temporale.
- Le complexe musculaire cranio-vertébro-scapulo-hyo-linguomandibulaire.

 * Mobilité mandibulaire : 

L'ouverture buccale est mesurée avec une régle graduée. Le trajet symphysaire d'abaissement et d'élévation de la mandibule est éprouvé en vuede détecter toute latéro-déviation. Les mouvements de propulsion, de latéralité droite et gauche, sont ensuite analysés en direction, qualité et intensité.

* Comportement de l'articulation mandibulo-temporale.

L'auscultation simultanée, digitale et au stéthoscope s'impose. Elle est destinée à mettre en évidence les zones douloureuses prétragiennes, auriculaires uni ou bilatérales, les craquements ( dysfonction), les crépitements (altération des surfaces articulaires), les subluxations.

* Examen du complexe cranio-vertébro-scapulo-hyo-linguomandibulaire.

Il consistera essentiellement sur à une palpation méthodique à droite puis à gauche de l'origine de l'extrémité, et du corps de tous les faisceaux musculaires de ce complexe .

Il sera conduit systématiquement dans l'ordre suivant : 

Muscles masséters au niveau de leurs deux chefs :
- chef profond en avant de la capsule;
-chef superficiel par pincement de la joue.

Muscles temporaux au niveau de leurs deux chefs:
-chef antérieur, par pression digital un centimètre en arrière de l'oeil;
-chef postérieur, par pression, un centimètre au dessous de l'oreil.

 


 

 

samedi 6 décembre 2014

Les extractions chez l'enfant


Résumé

Il faut avoir toujours présent à l'esprit que :
La denture lactéale a une importance fondamentale dans le développement psychosomatique équilibré de l'enfant et que si chirurgien-dentiste a recours aux extractions chez l'enfant c'est parce que son rôle est double :
  • curatif pour la santé de l'enfant,
  • préventif et interceptif du point de vue dentaire et maxillaire.
C'est pourquoi, nous devons travailler en collaboration avec l'orthopédie dento-faciale et penser à son avenir dento-maxillaire.
Pendant la période pédodontique, les enfants présentent des particularités anatomiques et physiologiques et même psychologiques qui font qu'ils ne seront pas traités comme des adultes.
Comme, avant toute extraction, il faut envisager une anesthésie, quelques précisions dont il faudra tenir compte au maximum s'imposent à ce sujet :
  • la douleur est souvent l'obstacle principal entre l'enfant et le praticien,
  • la cavité buccale est étroite,
  • les variations anatomiques en cette période de croissance sont très importantes - branche montante moins haute, angle goniaque ouvert, trou mentonnier, trou palatin postérieur et entrée du canal dentaire inférieur décalés,
  • les deux dentures coexistent et les germes des dents permanentes existent,
  • la minéralisation osseuse est faible permettant une pénétration de l'aiguille facile et une diffusion meilleure de l'anesthésique,
  • si les réactions sont plus sincères que chez l'adulte, les réactions organiques sont cependant moins bien contrôlées par un système nerveux central encore " immature ".

Anesthésie

Les techniques d'anesthésie seront les mêmes que celles employées pour l'adulte en tenant compte de ce qui a été énoncé précédemment. Néanmoins une technique d'anesthésie locorégionale à l'épine de Spix mérite d'être connue en pédodontie.

C'est la technique d'Akinosi (1978), réalisée bouche fermée, appliquée à la pédodontie, et rapportée par Jasmin. Basée sur la connaissance de l'espace ptérygo-mandibulaire, elle permet l'anesthésie simultanée des nerfs dentaire inférieur, lingual et buccal. L'enfant est à demi-allongé, arcades en occlusion, sans sollicitation musculaire particulière. On reconnaît avec le pouce libre l'insertion du temporal sur l'apophyse coronoïde et on pique parallèlement au plan d'occlusion au niveau de la jonction muco-gingivale ou au niveau du collet de la molaire supérieure chez l'enfant plus jeune. L'aiguille est dirigée vers l'arrière et un peu en dehors pour passer le plus près possible de la crête temporale.


Buts et indications des extractions des dents temporaires
Il faut distinguer les indications d'extraction des dents temporaires et celles des dents définitives.
En cas de danger immédiat pour la santé et l'état général de l'enfant.


  • à la carie et à ses complications : chaque fois que l'étape endodontique est dépassée ; quand le traitement conservateur s'avère impossible ;
    • accidents inflammatoires (accident cellulaire, kyste, accident osseux répétés) ;
    • délabrement trop important ;
  • aux dystrophies :
    • fixées ou dysplasies : totales, partielles ou complexes ;
    • actives ou évolutives : surtout au niveau des dents lactéales ;
  • aux inclusions ou rétentions des dents lactéales pendant l'éruption d'une dent permanente ;
  • aux obstacles à l'éruption des dents permanentes ;
  • aux anomalies de forme ou de nombre ;
  • aux traumatismes ;
  • aux tumeurs bénignes ou malignes.


  • cas des dents supplémentaires, d'un mésiodens ;
  • extractions pilotées (prophylaxie et interception).

  • adénopathie cervico-faciale (si absence d'autre cause apparente).
  • Troubles oculaires (phénomènes neurovégétatifs).
  • Parodontolyses juvéniles (comme dans la maladie de Papillon-Lefèvre).

  • Si risque d'infection focale et donc de répercussions au niveau des articulations, du rein, des appareils circulatoire, respiratoire ou digestif.
  • Au cours de maladies générales :
    • métaboliques (diabète),
    • sanguines (troubles de l'hémostase, leucoses...).
  • En présence d'un enfant non coopérant pour des soins conservateurs.
Pendant la période pédodontique, l'enfant a en bouche des dents permanentes et des dents temporaires. La perte spontanée des dents temporaires est physiologique à un âge variable selon la dent. Toute extraction pratiquée avant l'époque normale est liée à des indications soit locales, soit générales et est due à une nécessité.
L'examen radiologique est toujours indispensable avant l'extraction - pour des raisons anatomiques ou physiologiques, mais en plus pour savoir s'il existe ou non un germe de dent de remplacement.
Ce sont les mêmes principes qui régissent les extractions des dents temporaires que ceux pour les dents définitives ; ce sont souvent également les mêmes indications.
Sachons toutefois que l'extraction prématurée d'une dent délabrée ne se justifie pas si elle ne provoque pas de phénomènes inflammatoires.
Chaque fois qu'il sera nécessaire d'extraire précocement une dent temporaire, il sera indispensable de maintenir l'espace créé par l'extraction par un artifice orthodontique pendant le temps nécessaire à l'apparition de la dent de remplacement.

Instruments employés

On n'utilise les mêmes instruments, syndesmotomes, élévateurs et daviers que pour les dents permanentes, mais leur taille est plus petite et les daviers seront adaptés à l'anatomie coronaire ou radiculaire des dents temporaires.

Technique de l'extraction des dents temporaires au maxillaire supérieur fig 1


Extractions des dents temporaires Techniques opératoires (d'après E. Genty et Poirier)


Incisives centrales, latérales et canines

Les dents temporaires ont une racine conique aplatie dans le sens mésio-distal dont la longueur varie selon le degré de rhizalyse et de poussée du germe de la dent permanente.

Il faut déterminer, grâce à la radiographie, l'existence de cloison séparant le follicule de la dent temporaire de la dent définitive.

La technique opératoire est la même que pour les dents permanentes ; il existe une grande élasticité osseuse due au jeune âge du sujet, on emploiera un davier adapté au volume de ces dents, on le placera sous le collet anatomique, et par un mouvement de rotation léger, selon le degré de rhizalyse, accompagné de traction, on pratiquera facilement l'expulsion de ces dents ayant une racine fortement décalcifiée. Attention aux apex qui pourraient se fracturer, bien visualiser les racines après l'extraction.


Multiradiculées

Il faut pratiquer un examen radiologique pour visualiser la forme des racines, leur degré de rhizalyse et surtout leur situation par rapport aux dents permanentes.

En principe, ces dents ont trois racines qui sont convergentes ; la palatine est plus importante que les racines vestibulaires mésiales et distales, elles entourent le germe de la dent permanente se situant au milieu.

Pour la technique de l'extraction de ces molaires supérieures on pratique une syndesmotomie et on luxe la dent d'un mouvement côté vestibulaire, toujours vers l'extérieur et par traction vers le bas.

En général, ces extractions sont simples, d'autant plus que les racines sont plus rhizalysées et décalcifiées.

Il faut bien regarder la dent extraite et la comparer à l'image radiologique, car parfois il peut rester la partie terminale de la racine qui se fracture ; en effet elle est moins résorbée que la partie centrale et risque de causer des troubles parodontaux si elle n'est retirée délicatement avec un syndesmotome fin, voire un excavateur ; elle pose néanmoins parfois de délicats problèmes de préhension.


Technique de l'extraction des dents temporaires mandibulaires


Incisives et canines

Leurs racines sont très aplaties dans le sens mésio-distal. Il faut savoir que la table osseuse vestibulaire est plus épaisse que la table interne. L'extraction est parfois très simple on utilise à cet effet un davier à incisive plus petit que celui employé pour les dents définitives homologues. L'abrasion est obtenue grâce à un mouvement de bascule continu et ferme du poignet vers le bas et un mouvement d'élévation au niveau des mors du davier qui enserrent la dent le plus possible en dessous du collet.


Molaires inférieures

Elles ont généralement deux racines, une mésiale et une distale aplaties dans le sens mésio-distal à l'image des incisives. Il sera très important d'avoir un excellent cliché radiographique qui montrera à la fois les rapports avec la dent définitive et le degré de rhizalyse des racines.

La luxation de cette dent après syndesmotomie légère se fera grâce à un davier adapté à l'anatomie du collet type bec de faucon de petite taille.

Si la plupart des extractions sont faciles à faire, il arrive que les couronnes des dents temporaires soient absentes à la suite en général de caries délabrantes ; l'usage du davier devient alors impossible. Il est souhaitable afin de simplifier l'extraction et si la résorption radiculaire est faible de pratiquer une séparation des racines à la fraise ou avec un syndesmotome à type de crochet ou un excavateur solide en prenant appui sur l'une des racines séparées pour élever l'autre ; on veillera à les luxer toutes les deux ou toutes les trois avant de les extraire séparément, ceci afin d'éviter de prendre des appuis sur les dents temporaires ou définitives en éruption.

La difficulté de ces extractions ne tient en général pas à la dent elle-même, mais d'une part, à une trop grande confiance du praticien qui oubliera de faire une bonne radiographie, et risque alors de fracturer un apex, ou au petit patient qui a peur et qu'il faudra ou tranquilliser, ou même prémédiquer avec un léger sédatif. Si la fracture coronaire ne présente aucun risque, la racine seule, on l'a vu, va présenter plus de difficultés. Il ne doit en aucun cas être fait de manoeuvres traumatisantes au point de luxer ou d'extraire un germe situé entre les racines des molaires.

Buts et indications d'extraction des dents permanentes

La carie et ses complications.
La première molaire permanente est très vulnérable  [14] car :

  • l'alimentation est souvent trop riche en hydrates de carbone ;
  • surveillance et dépistage bucco-dentaire sont insuffisants ;
  • elle est très proche de la dent de lait par ses origines histologique, génétique et chronologique ;
  • il peut exister un point de contact défectueux.
Néanmoins, son rôle est fondamental dans la mastication (surface de sa table occlusale) et dans l'occlusion (position clé).

  • Dystrophies et dysplasies.
  • Traumatismes  [5].

  • Cellulite circonscrite (apex immatures très ouverts + gangrène).
  • Adénopathie cervico-faciale (sous-angulo-mandibulaire).
  • Sinusite maxillaire (unilatérale ; infection régionale).
  • Troubles oculaires (inflammatoires + troubles réflexes associés)

  • Infection focale et septicémie.
  • Maladies générales.

Elles auront un rôle important dans la prévention des malocclusions.

  • Compensation d'un manque de place et équilibration des dentures sur le plan esthétique puis fonctionnel.
  • Extraction avant apparition de la deuxième molaire (vers 10 ans en bas, jusqu'à 12 ans en haut). Le mieux semble être entre 8 et demi et 9 et demi avec avulsion de l'antagoniste pour une bonne intercuspidation.
  • Eviter les extractions asymétriques.
  • Ensuite toujours fermer les espaces.
  • On extrait en fonction de l'état des dents, de la place nécessaire, du siège de la dysharmonie, de l'âge de l'enfant.
Règles d'extractions " équilibrantes " pour les secteurs controlatéraux et " compensatrices " pour les maxillaires antagonistes (d'après Tongue, Beynon, Ewen et Burke)  [1014]fig 2



  • Classe I avec léger encombrement incisivo-canin : extraction des 6 exceptionnelles.
  • Classe (II.1), classe (II.2) : extraction des 6 exceptionnelles mais si, 6 supérieures seules abîmées, on ne compense pas.
  • Classe III : il est préférable de garder 6 supérieures, si possible.
  • DDM importante : si extraction des prémolaires insuffisante, extraire les 6, mêmes saines.
NB : en cas de DDM, bien évaluer les possibilités de croissance, et si les germes des 8 sont en bonne place.
Exemple : Classe II.1. avec encombrement incisif grave.


Extraction de 16 abîmée (associée à l'extraction de 45) pour pouvoir reculer le bloc antérieur (d'après Bérard)


  • Liées à des raisons pathologiques d'ordre local, régional ou général, carie pour les molaires.
  • Liées à des indications orthodontiques, après un examen orthodontique et un bilan complet.
On pratiquera des extractions symétriques pour éviter la déviation des milieux.


  • Classe I + DDM
    • DDM légère (inférieure ou égale à 5 mm) : extraire les 5.
    • DDM importe (inférieure ou égale à 10,12 mm) : extraire les 4.
  • Classe (II,1) + DDM et classe (II, 2) + DDM
Extraire les 5 maxillaires et les 4 mandibulaires.
Dans tous les cas l'espace sera fermé par une technique multibaque.

Les germectomies

Il s'agit de l'extraction du germe d'une dent avant sa calcification complète et son éruption sur l'arcade.
Nous verrons tour à tour les extractions de germes de prémolaires et molaires.
Elles sont essentiellement orthodontiques.

  • Prémolaires : pour permettre un déplacement quasi spontané des dents adjacentes non évoluées.
  • Molaires (dents de sagesse) : soit pour éviter une récidive après traitement ODF soit à titre préventif pour l'ODF ou pour des accidents muqueux.
  • Germes surnuméraires : surtout maxillaires, dans la région incisive (mésiodens). On extrait si on a un retard d'éruption des dents voisines, si on risque des malpositions ou des résorptions radiculaires.
Clichés radiologiques soigneux (panoramique, rétroalvéolaire et mordu occlusal si nécessaire, mais très souvent indispensable).

  • anesthésie ;
  • extraire IV, éventuellement III si nécessaire ;
  • incision : verticale au niveau de 3 puis horizontale au collet ;
  • résection osseuse prudente, sous irrigation ;
  • extraction avec extirpation du sac folliculaire, pas facile car le germe " roule " dans la cavité ;
  • vérification et nettoyage de la plaie ;
  • suture de l'incision verticale par deux points.
  • Sagesse supérieure :


    • anesthésie locale para-apicale vestibulaire et palatine ;
    • incision : d'après Parant ; fig 4
    • décollement de la fibromuqueuse ;
    • trépanation osseuse sous irrigation pour une bonne vision ;
    • extraction du germe et détachement du sac péricoronaire ;
    • vérification de la plaie ; sutures souvent inutiles.

  • Sagesse inférieure :

    • anesthésie locorégionale à l'épine de Spix + anesthésie locale au niveau de la muqueuse vestibulaire ;
    • incision, 2 types :
    • classique fig 5 ;
    • en baïonnette fig 5 d'après Guillain  [11] ;
    • décollement de la fibromuqueuse ;
    • trépanation osseuse ;
    • extraction, en sectionnant la couronne au besoin ;
    • révision de la cavité ; sutures non indispensables.


  • anesthésie locale para-apicale ou nerf naso-palatin ;
  • incision en fonction du siège de la dent ;
  • décollement de la fibromuqueuse ;
  • dégagement prudent du mésiodens ;
  • extraction (au syndesmotome de préférence) ;
  • dégager un peu d'os si ce mésiodens " freine " l'éruption d'une incisive permanente ;
  • révision de la plaie et sutures.
N.B. : il faut ensuite un traitement orthodontique.

Les dents incluses
Définition : on appelle dent incluse une dent dont la cavité péricoronaire n'est pas entrée en communication avec le milieu buccal après la date d'éruption normale ceci surtout pour les canines permanentes (50 % des cas).


  • Traitement ODF correct impossible : mauvais terrain.
  • Risque de répercussions sur les dents voisines.
  • Complications mécanique, infectieuse, tumorale ou nerveuse.

Technique opératoire  [17]fig 6


  • Clichés (rétroalvéolaires, occlusaux, extrabuccaux).
  • Anesthésie locorégionale.
  • Incision : en fonction du siège de la dent.
  • Décollement du lambeau muqueux
  • Trépanation osseuse pour dégager couronne et 1/3 racine, sous irrigation.
  • Avulsion ; en sectionnant la couronne au besoin, et ablation du sac péricoronaire.
  • Révision de la plaie.
  • Sutures.
  • Pose éventuelle d'une plaque en résine (cicatrisation).

Alvéolectomie conductrice et inductrice de Chatelier  [514]. Décalotter l'os au-dessus de la dent, ouvrir le sac péricoronaire et maintenir l'ouverture.
Redressement sans déplacement apical : dégager la dent puis la limer par rotation autour de l'apex et redresser l'axe. Contention.
Redressement avec déplacement apical réimplantation chirurgicale, sans avulsion totale avec translation de l'apex, souvent en plusieurs temps.
Alvéolectomie de désinclusion associée à la pose d'éléments de traction (ligatures, coiffes, bagues, attachements).
Méthode délicate sans succès à long terme car il se produit une résorption radiculaire rapide fréquente entraînant souvent l'expulsion ou nécessitant l'extraction.

Index bibliographique

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